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Le cacao aux portes d’Abidjan : de la forêt à la décharge publique. Traques et caches des innovations villageoises

La « traque des innovations paysannes », à la fois méthode et objet d’étude, intéresse de plus en plus de chercheurs. Bien des innovations partant des villages sont plus performantes que celles sorties des stations de recherche et projets de développement.

Malheureusement, les savoirs paysans sont encore très largement sous-estimés par les politiques publiques, les agences de vulgarisation et les compagnies privées. A côté d’autres exemples ayant déjà pris une importance nationale, comme l’association Anacardier/cacaoyer contribuant à faire passer la Côte d’Ivoire au premier rang mondial, ou comme l’adoption de la fiente de poulet, l’article montre ici comment des « pionniers » recyclent les ordures ménagères des décharges publiques pour fertiliser leur sol, replanter et accroître considérablement leurs rendements.

La méthode est par définition très qualitative puisque le nombre d’exploitations ayant innové dans ce recyclage de décharges publiques est encore très réduit. Néanmoins les résultats semblent très instructifs et prometteurs, avec des rendements dépassant une tonne par hectare pendant plusieurs années. La genèse des processus d’intensification agro-écologique dans le pays premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire vient bien de ses planteurs villageois. Au moins au début du processus, les planteurs sont au cœur d’innovations agro-écologiques diversifiées, valorisant leurs propres réseaux. Les autres acteurs de la filière, vulgarisation agricole, coopératives, compagnies privées en amont et en aval, supposés jouer un rôle dans un « système d’innovation » n’ont en fait aucune influence. On peut même se demander s’il n’y a pas ignorance, voir « cache » d’innovations paysannes que ces grands acteurs de la filière ont du mal à reconnaître. Deux principes semblent universels dans les «success stories » vilageoises : d’une part rechercher des unités de valorisation de taille gérable à l’échelle de villages, pour garantir des circuits courts, pour réduire les coûts de transport et améliorer la traçabilité, réduisant d’autant les tricheries sur les produits ; d’autre part privilégier l’utilisation agricole des déchets et non des fins énergétiques telles que la production d’électricité.

La cacaoculture ivoirienne n’a jamais eu autant besoin de ses résidus de culture, de déchets domestiques, et de fumures animales. A côté de l’engrais chimique qui garde certainement un rôle à jouer compte tenu des énormes besoins générés par trois millions d’hectares de cacaoyers, toutes les formes de matière organique, des résidus de culture, villageoise et industriels, méritent des investissements publics et privés, en recherche, en unités pilote dans les villages, en soutien aux investissements villageois dans les élevages, en filières de tri séparés d’ordure ménagères dans les villes. Ce type de traque de l’innovation villageoise appliquée à l’intensification agro-écologique dans les plantations de cacao a le potentiel d’ouvrir une formidable réflexion sur la genèse de l’innovation et sur son accompagnement pour la convertir en nouvelles stratégies de développement, « partant du bas ».